"On était livrés à nous-mêmes" : sept témoignages sur la panne du 16 septembre

Après notre appel à témoins suite à la panne de la Ligne 1 du 16 septembre, plusieurs usagers nous ont contactés sur Facebook et par mail pour raconter ce qu'ils ont vécu, coincés en rame entre deux stations. Rames arrêtées brusquement, bouton SOS sans réponse pendant 30 à 45 minutes, évacuation à pied le long des rails dans le noir, bus relais saturés : voici leurs récits, dans leurs mots.

Ce qui revient dans plusieurs témoignages

  • Un arrêt brusque des rames, décrit par plusieurs témoins comme suffisamment violent pour faire tomber des passagers.
  • Des rames bloquées entre stations sur plusieurs tronçons différents de la ligne (Gare - Caulier, Porte des Postes - CHU Oscar-Lambret, Marbrerie - Fives, à proximité de Lille-Flandres, entre Pont de Bois et Fives...), suggérant un incident touchant plusieurs rames en même temps ce jour-là.
  • Un bouton SOS décrit comme long à obtenir une réponse (30 à 45 minutes selon les témoins) voire, selon un témoignage, inutilisable.
  • Des évacuations à pied le long des voies, dans des passages étroits et peu ou pas éclairés, sans accompagnement décrit comme suffisant pour les personnes à mobilité réduite, les personnes âgées ou les parents avec poussette.
  • Des bus relais rapidement saturés, laissant des usagers sans solution immédiate.

📵 Marine — coincée entre la gare et Caulier, 1h30 d'attente

"La rame s'est arrêtée très brusquement et la lumière s'est éteinte en partie. [...] Nous avons vu que le site annonçait le métro bloqué jusque 19h. Nous avons appuyé sur le bouton SOS au bout de 45 minutes au moins et nous n'avons pas eu de réponse avant 30-40 minutes."

"Un agent est venu ouvrir les portes après 1h30 à être bloqués, et nous avons marché 1 kilomètre le long des rails pour aller jusqu'à Caulier, alors que nous étions beaucoup plus proches de la gare."

🚇 Aicha — évacuée entre Porte des Postes et CHU Oscar-Lambret

"La rame s'est arrêtée brusquement, nous avons été projetés en avant. Nous étions bloqués entre les stations Porte des Postes et CHU Oscar-Lambret. Un agent Ilévia est arrivé après une heure pour nous informer qu'il y avait une panne matérielle et que nous devions être évacués. Nous avons donc traversé le tunnel en file indienne jusqu'à Porte des Postes."

🔨 Erwan — sorti à la poignée d'urgence près de Marbrerie

"Le métro s'est stoppé net juste après Marbrerie, des gens en sont tombés. La voix automatique a indiqué qu'une panne était en cours et que le niveau de lumière pouvait baisser. Puis plus rien, aucun retour humain pendant 30 minutes."

"On a essayé d'appuyer sur le bouton SOS mais aucune réponse jusqu'à 30 minutes. Un agent a enfin répondu et, quand on lui a dit qu'on était bloqués depuis 17h35 environ, il nous a juste dit d'ouvrir les portes avec la poignée d'urgence. On a marché jusqu'à Marbrerie à pied par la suite."

🚶 Julia — 700 mètres le long des rails, un malaise

"Coincés dans une rame au moins 40 minutes... Métro court, beaucoup de monde, il faisait très chaud. J'ai même fait un petit malaise. Ensuite des usagers ont ouvert de force les portes, et on a marché plus de 700 mètres le long des rails. Il y avait des personnes âgées."

"Je m'attendais à voir un employé Ilévia nous accueillir à la station, et au final c'était un des jeunes qui avait ouvert la porte du métro qui nous tenait la porte. On n'a vu personne... Les évacuations ont commencé à partir de 19h30."

✉️ Léa — entre Marbrerie et Fives, une évacuation "peu sécurisée"

"Le métro s'est brusquement arrêté en pilant, ce qui a d'ailleurs provoqué quelques chutes parmi les passagers. Un agent est finalement venu ouvrir les portes [...] mais nous n'avons pas reçu d'avantage d'explications sur la situation."

"Cette évacuation m'a semblé particulièrement peu sécurisée. La bordure sur laquelle nous devions marcher était très étroite [...] il y avait notamment des mamans avec des poussettes ainsi que des personnes à mobilité réduite."

"Malgré le nombre de bus [relais] prévus, ceux-ci étaient rapidement complets [...] plusieurs personnes ont attendu plus d'une heure avant de pouvoir reprendre leur trajet."

⚡ Estelle — l'application donnait "aucune interruption" en pleine panne

"Le métro s'est arrêté très brusquement aux alentours de 17h25-17h30, on n'avait plus de lumière dedans et directement la voix automatique nous annonce que le métro est arrêté à cause d'une coupure d'électricité. Premier réflexe, je regarde l'application Ilévia qui annonce aucune interruption de la ligne jaune du métro. Une dizaine de minutes plus tard, on se rend compte que la ligne est interrompue jusque 17h50, puis jusqu'à 19h."

"À partir de 18h25, dans la rame à côté de nous, on voit les personnes commencer à s'agiter, prendre le marteau pour les urgences et sortir de la rame. [...] Nous étions alors seuls sans accompagnement de la part d'Ilévia dans les tunnels jusqu'au prochain quai. Je voyais des mamans avec des poussettes paniquées et une personne malvoyante que des passagers ont dû aider à sortir."

😰 Noah — "je suis claustrophobe", 40 minutes dans le noir

"Un freinement très brusque se produit, il projette certaines personnes contre d'autres. Nous étions dans un tunnel donc aucune possibilité de sortir [...] on patiente pendant environ 40 minutes, beaucoup d'angoisse car il fait chaud, il y a peu d'air, presque aucun réseau et pour ma part, je suis claustrophobe."

"Un agent Ilévia rentre sans nous décrocher un mot à propos de la situation [...] on a dû marcher sur une plateforme très étroite près des rails, avec très peu de lumière et un sol glissant à cause de la poussière. Un seul faux pas et nous aurions pu tomber sur les rails."

"Une fois sortie, j'appelle mon père qui me dit qu'il a essayé de parler au téléphone avec Ilévia et qu'ils lui ont raccroché au nez."

🆘 Geoffrey — bloqué à 200 mètres de Lille-Flandres, "SOS inutilisable"

"Le métro a été bloqué à environ 200 mètres de Lille-Flandres, et nous sommes restés enfermés pendant plus d'une heure, de 17h40 environ jusqu'à 18h30-18h45. [...] Les portes sont restées fermées, il n'y avait ni climatisation ni aération suffisante : nous avions chaud, nous transpirions et, sur la fin, j'ai commencé à avoir de plus en plus de mal à respirer."

"Même les dispositifs d'urgence étaient inutilisables. J'ai moi-même appuyé sur le bouton SOS, sans résultat, et j'ai vu d'autres passagers essayer d'actionner la poignée d'urgence, sans résultat non plus."

"Nous avons dû parcourir 960 mètres [...] dans un interminable tunnel sombre avec un couloir très étroit situé au contact direct des voies. On nous a simplement indiqué de nous débrouiller avec nos téléphones pour avoir de la lumière."

"Alors que je passais à proximité de membres du personnel qui discutaient entre eux, l'un d'eux a dit à ses collègues, en regardant dans ma direction et avec un air moqueur : 'C'est drôle, on se croirait comme dans les films quand ils sauvent des otages.'"

🚌 Un point commun : les bus relais saturés

Plusieurs témoins décrivent, une fois sortis du tunnel, une seconde attente : des bus relais en nombre insuffisant pour absorber tous les usagers évacués en même temps. Certains disent avoir attendu plus d'une heure supplémentaire, ou avoir dû rentrer à pied faute de place.

📐 Précautions

Ces témoignages nous ont été envoyés spontanément par des usagers, sur Facebook et par mail, en réponse à un appel à témoins publié après la panne du 16 septembre. Ce sont des récits individuels, pas des faits établis indépendamment par TMIT : nous n'étions pas à bord, et certains éléments rapportés (fonctionnement exact du bouton SOS, propos tenus par un agent) reposent uniquement sur la parole des témoins. Nous les publions parce qu'ils décrivent, de façon convergente et indépendante les uns des autres, des tronçons différents de la même ligne le même jour — ce qui mérite d'être porté à la connaissance du public et d'Ilévia. Les prénoms sont ceux donnés par les témoins ; les noms de famille ont été retirés par précaution.

📩 Vous étiez présent ce jour-là ?

Si vous avez vécu cette panne ou si vous avez des photos/vidéos à partager, contactez-nous via notre page signalement ou sur nos réseaux. Nous mettrons cet article à jour avec les éléments complémentaires reçus.

Ce que ces témoignages ont en commun, au-delà de la panne elle-même : le temps d'attente avant toute prise en charge humaine, la façon dont l'évacuation le long des voies s'est déroulée, et le sentiment partagé de ne pas avoir été informés ni accompagnés pendant l'incident.

👀 On continue à documenter

Cette panne du 16 septembre fait l'objet d'une enquête séparée sur la piste technique (nouvelles rames BOA d'Alstom). Suivez l'évolution de la situation sur infos trafic et sur nos réseaux.